Hibernatus

le 03 décembre 2012 par Arnaldo, Catégorie : MEDECINE [ 0 ]

 

On croyait la variole disparue....

 

 

 

Le virus de la variole a été identifié dans des corps gelés datant pour certains de plusieurs centaines d'années, retrouvés dans le pergélisol en Sibérie. Une collaboration pluridisciplinaire entre des équipes russes et des chercheurs français du CNRS a permis l'analyse de séquences d'ADN viral. Elle ouvre de nombreuses perspectives pour l'analyse de la vitesse d'évolution des virus.

 

La variole, maladie liée au virus du même nom, a été l'une des grandes tueuses de l'histoire de l'humanité avec, pour les seuls deux derniers siècles, plusieurs centaines de millions de morts. Endémique dans le monde entier à partir du XVIIIe siècle, elle est responsable de la disparition de nombre de populations autochtones en Amérique, en Afrique et en Asie. Grâce à la généralisation de la vaccination, entamée dès le début du XIXesiècle par le médecin anglais Jenner, elle a pu être considérée comme éradiquée par l'Organisation mondiale de la santé en 1979. Seuls deux laboratoires, un russe et un américain, en gardent toujours des souches afin de pouvoir lutter contre le bioterrorisme.

 

Malgré de nombreux travaux, les origines et les modes de propagation de la variole sont peu connus. Elle aurait pu apparaître voilà plus de 4.000 ans en Égypte, au Moyen-Orient ou dans la vallée de l'Indus. Elle semble avoir sévi dans les premiers temps de notre ère en Chine et en Europe, mais les souches les plus anciennes dont disposent les chercheurs sont celles isolées au début des années 1950 sur des patients vivants.

 

En raison des centaines de millions de morts dont le virus est responsable, les scientifiques espéraient depuis de nombreuses années retrouver des fragments d'ADN de souches plus anciennes dans des corps de personnes décédées au cours d'épidémies à l'époque historique. C'est désormais chose faite grâce à une découverte réalisée en 2004 dans le nord sibérien par une équipe de chercheurs des universités du Nord-Est à Iakoutsk (Russie), Toulouse III – Paul Sabatier, Aix-Marseille et du CNRS, soutenue par le ministère des Affaires étrangères.

L’un des cercueils, en bois, retrouvés en Iakoutie. Mesurant 3,14 m de longueur pour 1,10 m de large et 78 cm de hauteur, il contenait 5 corps, repérés sur cette image par des lignes colorées et des numéros. On y voit les corps de trois femmes (2, 3 et 4), dont l’une (2) avait moins de 23 ans et l’autre (4), plus de 30. Elles sont accompagnées d’un garçonnet de 5 ans (1) et d’un enfant de moins de 4 ans (5).
 

Cette année-là, les anthropologues mirent au jour une riche sépulture de l'élite datée du début du XVIIIe siècle qui comportait cinq sujets inhumés simultanément. Les premières études, initiées par les professeurs Éric Crubézy et Bertrand Ludes qui dirigeaient à la fois les fouilles et les études en laboratoire, portèrent sur les liens de parenté de ces sujets grâce aux techniques de l'ADN ancien. Il apparut ainsi qu'il s'agissait des membres d'une même famille. L'autopsie, réalisée quelques années plus tard sur le corps le mieux conservé, stocké dans un congélateur à l'université d’Iakoutsk, montra que le sujet était décédé avec du sang dans ses poumons. Parmi plusieurs causes possibles, la variole fut alors envisagée mais il fallait trouver un laboratoire susceptible de pouvoir étudier le virus, ce que permit la collaboration avec le docteur Philippe Biagini, virologiste d'Ades.

Un long travail commença, unissant ces deux laboratoires auxquels s'associa rapidement celui de l'université de Copenhague. Même si les scientifiques ne croyaient guère à une possible conservation du virus, il fallut démontrer que si on pouvait mettre des séquences de son ADN en évidence, celles-ci étaient trop dégradées et petites pour être potentiellement dangereuses.

 

Finalement, des petits fragments de l'ADN furent détectés et une partie du code génétique du virus reconstituée informatiquement. Les résultats de cette étude viennent d’être publiés dans le New England Journal of Medicine. Il apparaît que si une partie de l'information génétique a relativement peu changé au cours des 3 derniers siècles, la souche impliquée (qui pourrait être responsable de la disparition d'une partie de la population iakoute de l'époque) n'était pas connue des chercheurs à ce jour. Elle permet de reconsidérer l'histoire de l'évolution de cette maladie. Les données obtenues permettent aussi d'évaluer les vitesses d'évolution des virus, éléments d'importance lors de la mise au point de vaccins contre les agents viraux.

 

 
 

 


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« Nomina si nescis, perit et cognitio rerum.
Si l'on ignore le nom des choses, on en perd aussi la connaissance. »

— Citation de Linné en 1755.

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