L'affable De La Fontaine

le 28 novembre 2012 par Arnaldo, Catégorie : HISTOIRE [ 0 ]

 

Jean De La Fontaine n'est pas l'auteur de ses Fables

 

 

Le travail de Jean de La Fontaine n'est rien d'autre qu'un travail de réécriture des fables d’Ésope (par exemple La Cigale et la Fourmi), de PhèdreAbstémius, de Pañchatantra (Pilpay), mais aussi de textes d’Horace, de Tite-Live (« les Membres et l’estomac »), de lettres apocryphes d’Hippocrate (« Démocrite et les Abdéritains »), et de bien d’autres encore, elles constituent une somme de la culture classique latine et grecque, et s’ouvrent même dans le second recueil à la tradition indienne.

Plusieurs fables de La Fontaine sont des reprises de fables du Pañchatantra qui sont passées dans la version arabe Kalîla wa Dimna. Mais l'on peut citer également François Philelphe, le Kalîla wa Dimna latin de Jean de Capoue, la traduction française des quatre premiers livres de la version persane Anwari Sohaïli, Syméon Seth et le jésuite Pierre Poussines.

 

Néanmoins, il faut savoir que ses Fables constituent la principale œuvre poétique de la période classique, et l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature française. Le tour de force de La Fontaine est de donner par son travail une haute valeur à un genre qui jusque là n’avait aucune dignité littéraire et n'était réservé qu'aux exercices scolaires de rhétorique et de latin.

Les fables auxquelles La Fontaine va donner une notoriété qu'aucun de ses prédécesseurs (ni de ses successeurs d'ailleurs) n'a approché, sont le résultat d'un travail acharné. Si les livres I à VI (120 fables) paraissent en 1668, l'auteur poursuit sa tâche tout au long de sa vie : livres VII à XI en 1678 (89 fables) et, ultime recueil, deux ans avant sa mort, livre XII (29 fables).

 

La vie littéraire, au XVIIe siècle, n'a pas grand chose à voir avec ce que nous connaissons depuis 150 ans environ. D'ailleurs, à cette époque, moins d'un quart de la population française savait lire.

Les auteurs s’appuient sur leurs propres lectures avec lesquelles, de façon avouée ou non-avouée, ils conversent ou se positionnent.

 

En résumé, retenons que la littérature n’est pas une « déesse intouchable » mais bien plutôt une incorrigible bricoleuse qui fait du neuf avec de l’ancien. Cette réflexion sur les réécritures de la fable nous donne ainsi l’occasion de mieux comprendre « la fabrique de l’écriture » : l’écrivain détermine en effet ses choix d’écriture par rapport aux textes déjà existants ; il jongle inlassablement avec les genres, les registres, les thèmes, les lexiques, les visées, et creuse ainsi un écart à la norme qui constitue, en fait, sa propre originalité d’auteur.

 

L’écriture, avant d’être la marque d’un quelconque génie, est d’abord un authentique artisanat que chacun, en fonction de son talent, pratique ou dépasse...

 


à voir aussi :

 

« Nomina si nescis, perit et cognitio rerum.
Si l'on ignore le nom des choses, on en perd aussi la connaissance. »

— Citation de Linné en 1755.

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