L'heure c'est l'heure

le 31 octobre 2012 par Arnaldo, Catégorie : ALSACE [ 0 ]

 

Une cathédrale doit avoir une horloge, et quand la cathédrale est une merveille d'architecture, l'horloge doit être un mécanisme merveilleux.

 

Fichier:Cathedrale de Strasbourg - Horloge Astronomique.jpg

 

 Ainsi en avaient jugé les magistrats de Strasbourg. Ils firent publier un peu partout qu'ils demandaient un horloger capable de faire un chef-d'oeuvre et ils promirent comme récompense la fortune et la gloire.

 

Bientôt se présenta un artiste qui conçut le plan le plus beau que l'imagination puisse rêver. Il se mit à l'oeuvre et après quelques années de travail, la population fut conviée, à l'heure de midi, pour voir fonctionner la nouvelle horloge.

 

Ce n'était pas un mécanisme ordinaire marquant et sonnant les heures. On y voyait la figure de la mort frappant la cloche de sa faux ; puis, pendant que retentissaient les douze coups, les apôtres défilaient et s'inclinaient devant le Seigneur. Deux lions, gardiens des armes de la ville, poussaient des rugissements formidables. Enfin, un coq, perché sur un clocheton, battait des ailes et poussait deux fois un cri strident qui se répercutait sous les voûtes sombres de l'église.

 

Grandes furent la surprise et la joie parmi les assistants. L'habile artiste reçut force louanges et récompenses. Mais bientôt il fut l'objet de la défiance des magistrats. On craignit qu'il n'allât dans une autre ville établir quelque mécanisme d'horlogerie plus merveilleux encore. Que deviendrait alors la gloire de Strasbourg ? Il fallait à tout prix préserver l'orgueil de la cité contre un pareil attentat. Le Conseil de ville se réunit et l'on décida de recourir à un moyen atroce. L'horloger fut saisi et on lui creva les yeux !

 

Lorsque le malheureux fut plongé dans la nuit éternelle, il formula une prière suprême. C'était d'être conduit auprès de son oeuvre pour la régler une dernière fois. En tremblant il toucha l'horloge, puis tout à coup il y plongea la main et en brisa les rouages. Sa vengeance était accomplie...

 

Depuis lors, les apôtres ne sortent plus à l'heure de midi; la cloche a cessé de tinter, les lions se taisent et le coq ne chante plus !

 


La véritable histoire de l'horloge

 

Une première horloge a été construite entre 1352 et 1354 dite des Trois Rois, mais elle a dû cesser de fonctionner au début du XVI siècle

 

En deux phases, entre 1547 et 1574, une seconde horloge a été construite par les mathématiciens Christian Herlin et Conrad Dasypodius, les frères horlogers Habrecht et le peintre Tobias Stimmer. Cette horloge était une horloge astronomique planétaire et indiquait donc le déplacement des planètes sur un astrolabe. Un calendrier perpétuel indiquait les fêtes mobiles sur une durée de 100 ans. Enfin, les éclipses à venir étaient peintes sur des panneaux.

L’horloge de Dasypodius cessa de fonctionner peu avant la Révolution française et resta dans cet état jusqu’en 1838.

 

De 1838 à 1843, l’horloge fut transformée par Jean-Baptiste Schwilgué (1776-1856), un Alsacien autodidacte qui après avoir été apprenti horloger, devint professeur de mathématiques, vérificateur des poids et mesures, et enfin entrepreneur.

 

Les fonctions de la troisième horloge

 

La troisième et actuelle horloge consiste en gros en de nouveaux mécanismes placés dans le buffet de la seconde horloge, datant du XVIème siècle. Tous les cadrans sont aussi nouveaux, mais l’horloge est dans son ensemble conservatrice, dans le sens où les fonctions de l’horloge de Schwilgué diffèrent peu de celles de l’ancienne horloge, sauf pour ce qui est du défilé des Apôtres qui n’existait pas auparavant. Pour le reste, il y a toujours un équivalent.

L’horloge de Schwilgué fait la même chose que l’horloge de Dasypodius mais différemment, voire mieux : alors que l’ancienne horloge indiquait les fêtes mobiles par avance sur une période de cent ans, la nouvelle horloge détermine les fêtes mobiles de l’année à venir à la fin de chaque année. Moyennant un remontage et un entretien régulier, on peut considérer ce mécanisme — le comput ecclésiastique — comme un calendrier perpétuel.

 

Ce qui attire le plus les touristes, ce sont les automates. Ceux-ci se mettent en mouvement aux quarts d'heures, aux heures et à midi (par rapport à l'heure de l'horloge qui est quasiment le temps moyen de Strasbourg).

À chaque quart d'heure, un ange sonne sur une cloche tandis que le second retourne un sablier. Un personnage parmi quatre défile devant la Mort. Ces quatre personnages représentent les âges de la vie : un enfant au 1er quart d'heure, un jeune homme à la demi, un adulte au 3e quart d'heure et un vieillard à l'heure juste.

 

Une fois par jour, à midi heure locale, soit 12h 30 en heure d'hiver, au dernier étage, ce sont les douze Apôtres qui passent devant le Christ. Au passage des 4e, 8e et 12e apotres, un coq situé en haut et à gauche de l'horloge chante et bat des ailes. Contrairement à ce qui est souvent écrit, ce coq ne rappelle pas l'épisode du Christ annonçant à Pierre qu'il le renierait trois fois avant que le coq chante, puisque les deux premières horloges comportaient déjà un coq, sans pour autant qu'il y ait des apôtres.

 

L’horloge indique bien plus que l’heure officielle puisqu’elle permet aussi de connaître le temps moyen, le jour, le mois, l’année, le signe du zodiaque, la phase lunaire et la position des planètes jusqu'à Saturne.

 


à voir aussi :

 

« Nomina si nescis, perit et cognitio rerum.
Si l'on ignore le nom des choses, on en perd aussi la connaissance. »

— Citation de Linné en 1755.

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